LA
THEORIE AUTRICHIENNE DES CYCLES
La théorie
dite autrichienne du cycle est la généralisation de l’analyse des conséquences
de la création monétaire et de l’inflation sur la structure des prix
relatifs et l’allocation des ressources au sein de la structure de production.
Il s’agit d’une théorie monétaire du cycle qui analyse les conséquences réelles
de la création monétaire. Les principaux précurseurs de cette conception sont
C. Cantillon[1]
(1755), JB Say (1828), C. Coquelin (1848), les débats Currency School, Banking
School, Free Banking School[2]
et leur synthèse par K. Wicksell[3]
(1898). L. von Mises (1912) puis F. Hayek (1929 et 1931) vont développer cette
manière d’expliquer les fluctuations économiques. Nous allons évoquer
d’abord le principe (I) puis le mécanisme (II).
(I) Le principe de la théorie autrichienne du cycle repose
sur la distinction entre une expansion de crédit soutenable et une expansion de
crédit non soutenable. Si l’expansion de crédit est financée par de l’épargne
réelle alors elle est considérée comme soutenable si elle est financé par création
monétaire alors elle va engendrer un cycle. Les entrepreneurs considèrent le
taux d’intérêt de marché (celui offert par les banques) pour évaluer leurs
projets d’investissement. Le taux d’intérêt reflète aussi les préférences
temporelles des consommateurs. Le taux d’intérêt doit permettre de rendre
compatible les plans d’investissement (et donc de production) des
entrepreneurs avec les préférences temporelles de consommation. En effet, si
les consommateurs veulent consommer plus dans le futur, ils sont prêts à
renoncer à de la consommation présente (épargner) pour consommer demain. L’épargne
ainsi dégagée va servir à financer les investissements pour la production de
biens de consommation dans le futur. L’ajustement passe par une baisse du taux
d’intérêt : l’épargne supplémentaire entraîne la baisse du taux
d’intérêt et indique aux entrepreneurs que certains investissements peuvent
être entrepris. En effet, compte tenu du nouveau niveau des taux d’intérêt
ils deviennent rentables. Les banques vont offrir des prêts aux entrepreneurs
financés par de l’épargne réelle, et l’investissement va correspondre aux
préférences temporelles de la société. L’expansion sera soutenable.
Cependant,
le même mécanisme d’expansion peut être obtenu en finançant le crédit par
création monétaire (cf banque libre, banque centrale). La création monétaire
va permettre de faire artificiellement baisser le taux d’intérêt de marché,
mais ne va pas modifier les préférences temporelles des consommateurs.
L’expansion résulte des investissements des entrepreneurs mais elle n’est
que temporaire et non soutenable, car le faux taux d’intérêt les engage dans
des processus qui se révèleront non rentables car ils ne correspondent pas aux
préférences temporelles des agents.
(II) Le mécanisme de la théorie autrichienne du cycle repose sur
l’analyse de l’entrée différentielle de la monnaie dans la structure de
production (effets Cantillon). La production est envisagée comme un processus
temporel et se présente sous la forme de série d’étapes : matières
premières, biens de production, biens intermédiaires et biens de consommation,
généralement résumée à deux secteurs les biens de production (ou supérieurs)
et les biens de consommation (ou inférieurs). La dépense des consommateurs
provoque une entrée de monnaie qui remonte le long de la structure de
production des biens de consommation vers les biens supérieurs. Les
entrepreneurs allouent les ressources (travail et capital) au sein de la
structure de production en fonction des opportunités de profit qu’il perçoivent
à partir de la structure des prix relatifs entre les biens de la structure de
production. Le taux d’intérêt de marché est l’un de ces prix relatif
entre le présent et le futur.
La
baisse du taux d’intérêt de marché (en raison d’une augmentation de l’épargne
ou d’une augmentation non anticipée de la création monétaire) entraîne une
réallocation des ressources (capital et travail) au sein de la structure de
production. Les entrepreneurs vont se mettre à produire plus de biens pour
demain et moins de biens pour aujourd’hui et donc utiliser plus de ressources
pour la production future au détriment de la production courante. La structure
des prix relatifs est irrémédiablement modifiée et la structure réelle de la
production également. Ainsi, les prix des biens de production vont augmenter
dans un premier temps, car l’entrée de monnaie issue du crédit va se faire
au niveau des étapes supérieures de la structure de production. Si le crédit
a été financé par de l’épargne la production aura des débouchés, sinon
les entrepreneurs feront à terme face à des méventes. En effet, si la baisse
du taux d’intérêt est artificielle, les préférences des consommateurs sont
inchangées, les investissements engagés ne sont en réalité pas rentables. La
non coordination temporelle des plans entre les consommateurs et les producteurs
entraîne une récession. A ce moment, le prix des biens de production
s’effondre (méventes), et le prix des biens de consommation augmentent parce
que les entrepreneurs n’ont pas produit suffisamment pour ce stade de la
production (ils ont investi dans les biens de production). La conséquence
ultime de la création monétaire est bien une hausse des prix à la
consommation, mais auparavant elle a provoqué un désajustement réel, par la
modification de la structure de production. C’est pour cela que la théorie
autrichienne du cycle est parfois qualifiée de théorie du malinvestissement.
Il s’agit non seulement de montrer le surinvestissement dans la production de
biens de production mais aussi le sous investissement dans la production de
biens de consommation induit par la création monétaire.
Antoine
Gentier
Septembre
2005
Références
en français
Baslé
et al., Histoire des pensées économiques, Sirey 1987, tome 2.
Facchini
F. (2004), "La théorie autrichienne des cycles : une théorie de la récurrence
des erreurs collectives d'anticipation", L'actualité
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Landais
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Haberler
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en allemand)
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F.
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Mises
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Jr. Dobbs Ferry, Free Markets Books, New York, 1978.
Mises
L.
von, The Theory of Money and Credit,
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par un ajout lors de l’édition de 1955.
Rothbard
M., America’s Great Depression, 3ème édition, Sheed and Ward, Inc.,
Kansas City, 1975.
[1]
Cantillon
R., Essai sur la nature
du commerce en général, Paris, 1755, réimpression Institut National
d’Etudes Démographiques, 1952.
[2]
Schwartz
A.,
« Currency School, Banking School, Free Banking School »,
The New Palgrave Dictionnary, The Mac
Millan press Ltd, Londres, 1987.
[3]
Wicksell
K.,
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Augustus M. Kelley, New York 1965.